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Conseil d'Etat, 12 novembre 2015, N° 384716, Société Tonin

Conseil d'Etat, 12 novembre 2015, N° 384716, Société Tonin, Mentionné aux tables du recueil Lebon

 

http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000031471201&fastReqId=749322977&fastPos=1   

Conseil d’État

N° 384716

ECLI:FR:CESSR:2015:384716.20151112

Mentionné dans les tables du recueil Lebon

7ème / 2ème SSR

Mme Sophie Roussel, rapporteur

M. Olivier Henrard, rapporteur public

SCP BARADUC, DUHAMEL, RAMEIX ; SCP ODENT, POULET, avocat(s)

lecture du jeudi 12 novembre 2015

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Vu la procédure suivante :

La société Tonin a demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner la commune de Saint-Saturnin-les-Apt (84490) à l’indemniser des préjudices de toute nature résultant de l’allongement de la durée du chantier de construction de l’ensemble immobilier “ Les hameaux d’Amélie “.

Par un jugement n° 1100889 du 4 octobre 2012, le tribunal administratif de Nîmes a condamné la commune à payer à la société Tonin une somme de 18 152,16 euros HT et rejeté le surplus des conclusions des parties.

Par un arrêt n° 12LY4758 du 22 juillet 2014, la cour administrative d’appel de Lyon a, sur l’appel incident de la commune de Saint-Saturnin-les-Apt, annulé ce jugement et rejeté l’ensemble des conclusions présentées par la société Tonin.

Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 septembre et 18 décembre 2014, la société Tonin demande au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler cet arrêt ;

2°) de renvoyer l’affaire à la cour administrative d’appel de Lyon ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Saturnin-les-Apt la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

- le code des marchés publics ;

- l’arrêté du 26 février 2004 pris en application de l’article 45, alinéa premier, du code des marchés publics ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de Mme Sophie Roussel, maître des requêtes,

- les conclusions de M. Olivier Henrard, rapporteur public ;

La parole ayant été donnée, avant et après les conclusions, à la SCP Baraduc, Duhamel, Rameix, avocat de la société Tonin, et à la SCP Odent, Poulet, avocat de la commune de Saint-Saturnin-les-Apt ;

1. Considérant qu’il ressort des pièces du dossier soumis au juge du fond que la commune de Saint-Saturnin-les-Apt a confié le 12 juin 2006 à la société Tonin les marchés relatifs aux lots n° 12 (plomberie) et n° 13 (chauffage bois) pour la construction d’un programme d’habitations particulières appelé “ Les hameaux d’Amélie “, pour un montant respectivement de 126 302,41 euros HT et de 156 062,53 euros HT, comportant un délai global d’exécution de onze mois ; qu’à la suite de la défaillance de la société Polytech, titulaire du lot gros-oeuvre, le maître d’ouvrage a notifié aux entreprises le report de neuf mois du délai d’exécution de l’opération ; que la société Tonin a demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner la commune de Saint-Saturnin-les-Apt à l’indemniser des préjudices résultant du retard de chantier et des sujétions supplémentaires qu’elle estime avoir subis ; que, par un jugement du 4 octobre 2012, le tribunal administratif de Nîmes a condamné la commune à verser à la société une somme de 18 152,16 euros HT en réparation de ces préjudices et rejeté le surplus des conclusions des parties ; que, par un arrêt du 22 juillet 2014, contre lequel la société Tonin se pourvoit en cassation, la cour administrative d’appel de Lyon a annulé ce jugement et rejeté la demande présentée par la société Tonin devant le tribunal administratif de Nîmes ;

Sur la régularité de l’arrêt attaqué :

2. Considérant, en premier lieu, que pour écarter toute faute de la commune de Saint-Saturnin-les-Apt dans le choix de la société Polytech pour la réalisation du gros oeuvre, la cour administrative d’appel de Lyon a notamment relevé que celle-ci présentait, à la date limite du dépôt des offres, les qualités qui pouvaient être attendues d’un candidat à l’attribution de ce marché, au regard notamment des moyens humains et matériels qu’elle déclarait pouvoir consacrer au chantier ; que, contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort pas des pièces du dossier soumis aux juges du fond qu’en statuant ainsi, la cour se serait fondée sur les documents produits par la commune le 13 mai 2014 à la demande de la cour et non versés au contradictoire ;

3. Considérant, en second lieu, qu’il ressort des énonciations de l’arrêt attaqué que la cour a répondu au moyen tiré de ce que la commune était tenue de rejeter l’offre de la société Polytech pour la réalisation du marché de gros oeuvre ; que, si la société Tonin a évoqué devant la cour le caractère anormalement bas de cette offre, il s’agissait d’une simple argumentation au soutien de ce moyen et non d’un moyen distinct auquel elle aurait omis de répondre ;

Sur le bien fondé de l’arrêt attaqué :

4. Considérant, en premier lieu, qu’il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que si la commune de Saint-Saturnin-les-Apt avait proposé à la société Tonin, préalablement à la saisine du tribunal administratif de Nîmes, de lui verser une somme de 13 410,38 euros HT en réparation des préjudices causés par l’allongement du chantier, aucun accord n’a été conclu entre la commune et la société en vue du versement de cette somme ; que, par suite, la société Tonin ne saurait utilement soutenir que la cour a méconnu l’exigence de loyauté des relations contractuelles en rejetant ses conclusions indemnitaires dans leur intégralité ;

5. Considérant, en deuxième lieu, que les difficultés rencontrées dans l’exécution d’un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l’entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l’économie du contrat soit qu’elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l’exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l’estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en oeuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics ;

6. Considérant que, contrairement à ce qui est soutenu, la décision du Conseil d’Etat, statuant au contentieux n°352917 du 5 juin 2013, postérieure au jugement, non définitif, du tribunal administratif de Nîmes condamnant la commune à lui verser une indemnité et annulé par l’arrêt contesté, n’énonce pas pour la première fois les règles rappelées au point précédent ; que, par suite, le moyen tiré de ce que la cour aurait méconnu les stipulations de l’article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en faisant application d’une règle nouvelle pour annuler le jugement du tribunal administratif ne peut, en tout état de cause, qu’être écarté ;

7. Considérant, en troisième lieu, que les dispositions du troisième alinéa de l’article 45 du code des marchés publics, dans sa rédaction applicable au litige, ainsi que celles de l’article 3 de l’arrêté du 26 février 2004 pris pour son application définissent les conditions dans lesquelles le candidat à l’attribution d’un marché public qui recourt à un ou plusieurs sous-traitants justifie de ses capacités professionnelles, techniques et financières ; qu’il ressort des pièces du dossier soumis au juge du fond que l’offre de la société Polytech ne faisait intervenir aucun sous-traitant ; que, par suite, la cour ne saurait avoir méconnu ces dispositions, qui n’étaient pas applicables à l’offre de Polytech, en jugeant que cette société pouvait se prévaloir d’opérations antérieures de construction d’ouvrages d’importance comparable ;

8. Considérant, en dernier lieu, que la cour administrative d’appel a, par une appréciation souveraine exempte de toute dénaturation, écarté le moyen tiré de ce que le maître de l’ouvrage avait commis une erreur manifeste d’appréciation des capacités de l’attributaire du lot de gros oeuvre à conduire les travaux ; que, par suite, la cour n’a pas inexactement qualifié les faits en jugeant que la commune n’avait pas commis de faute en raison du choix de l’attributaire de ce marché ;

9. Considérant qu’il résulte de tout ce qui précède que la société Tonin n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêt qu’elle attaque ;

10. Considérant que les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Saturnin-les-Apt qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante ; qu’en revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Tonin une somme de 3 000 euros à verser à la commune de Saint-Saturnin-les-Apt au titre de ces mêmes dispositions ;

DECIDE :

Article 1er : Le pourvoi de la société Tonin est rejeté.

Article 2 : La société Tonin versera une somme de 3 000 euros à la commune de Saint-Saturnin-les-Apt au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Tonin et à la commune de Saint-Saturnin-les-Apt.

 

MAJ 20/11/15 - Source legifrance

Jurisprudence

Conseil d’Etat, 6 janvier 2016, n° 383245, Eiffage Construction Alsace Franche-Comté et société Campenon Bernard Franche-Comté (Difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait non imputables à une faute du maître d’ouvrage).

Conseil d'Etat, 5 juin 2013, N° 352917, Région Haute-Normandie / Sté JPV Bâtiment, Mentionné au tables du recueil Lebon (Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure celle-ci justifie soit que ces difficultés ont eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique, mais pas du seul fait de fautes commises par d'autres intervenants)  

Auteur du site Internet

  • Frédéric MAKOWSKI - Consultant en marchés publics d'informatique pour les collectivités et administrations
  • Formateur intervenant au CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale)
  • Master 2 Professionnel "Droit des contrats publics" Université de Nancy - Ingénieur ENSEA

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