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Intelligence artificielle appliquée aux achats publics

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IA dans les achats publics - Jusqu'où le métier d'acheteur va-t-il être transformé ?

3 juillet 2026

IA et acheteurs publics - Jusqu'où le métier va-t-il être transformé ?

Rechercher des fournisseurs, préparer une consultation, comparer des offres, répondre aux appels d'offres, ... Une partie de ces tâches pourrait être confiée à l'intelligence artificielle (IA). Un rapport IGF-IGA-IGAS estime que 20 % des agents publics, soit 1,13 million de personnes, occupent des emplois exposés à ces outils. Les achats publics figurent parmi les fonctions concernées. Une expérimentation de l'État fait même état de gains de temps supérieurs à 60 % sur certaines tâches. Que changent vraiment ces chiffres pour le métier d'acheteur ?
Notons que, selon une étude d'octobre 2026, IA générative et emploi des jeunes, les embauches ralentissent en France.

Un agent public sur cinq exposé à l'IA, mais à quoi exactement ?

Le chiffre donne la mesure du phénomène. Selon le rapport conjoint de l'Inspection générale des finances (IGF), de l'Inspection générale de l'administration (IGA) et de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), environ 1,13 million d'agents publics, soit 20 % des effectifs, occupent des emplois considérés comme exposés à l'IA.

Pour les emplois les plus exposés, la proportion atteint 13 % de l'ensemble des agents, soit plus de 700 000 personnes. La synthèse résume ces ordres de grandeur par deux formules, « un agent public sur cinq » sensiblement exposé en théorie et « un sur sept » significativement exposé.

L'exposition d'un emploi ne signifie pas sa disparition. Elle indique que certaines des tâches qui le composent pourraient être automatisées, accélérées ou accomplies avec l'aide d'une IA. Le rapport parle d'une « mesure de l'exposition potentielle des emplois publics à l'IA ». Il ne chiffre ni suppressions de postes ni gains de productivité à l'échelle des métiers.

Comment les auteurs ont-ils obtenu ces chiffres ?

La mission s'appuie sur une méthode développée par l'Organisation internationale du travail (OIT) et NASK en 2025. Près de 30 000 tâches professionnelles ont été examinées, à partir d'évaluations réalisées par des modèles d'IA, d'une enquête auprès de travailleurs et d'une validation par des experts.

La logique consiste à regarder ce que les personnes font réellement dans leur métier. Plus les tâches susceptibles d'être assistées par l'IA occupent une place importante, plus l'emploi est considéré comme exposé. Pour transposer cette analyse à la fonction publique, les auteurs ont utilisé les données de 2022 de la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP).

Les fonctions administratives en première ligne

Recherche d'informations, rédaction, traitement de données, vérification de documents... Les fonctions administratives et de support réunissent de nombreuses activités que l'IA peut déjà assister. Le rapport les présente comme les plus exposées à ce stade.

La mission souligne que « ce sont avant tout les fonctions supports et administratives qui sont à ce jour les plus exposées ».

Parmi les métiers cités figurent les employés administratifs, les personnels de paie et de ressources humaines, les comptables, les secrétaires, les développeurs informatiques, les secrétaires médicales et les contrôleurs des impôts.

Et les acheteurs publics ? Leur situation mérite une lecture prudente. Les 20 % avancés dans le rapport concernent l'ensemble des agents publics. Ce pourcentage ne peut pas être appliqué aux seuls acheteurs. Cependant, la fonction achat est expressément mentionnée parmi celles pour lesquelles l'administration envisage des solutions d'IA communes, aux côtés des affaires juridiques et des ressources humaines.

Dans les services achats, plusieurs tâches sont déjà ciblées

L'annexe III du rapport détaille les possibilités envisagées pour les achats publics. Elles concernent notamment la recherche de fournisseurs, la préparation des consultations, la rédaction ou l'amélioration des documents contractuels, puis la synthèse et l'analyse des propositions reçues.

De la préparation du dossier à la lecture des offres

Par exemple, un acheteur prépare un marché de fournitures. Il doit identifier des fournisseurs, organiser les pièces de la consultation et rédiger des clauses adaptées au besoin. L'IA pourrait l'aider à rassembler des informations ou à produire une première version de certains documents. Il lui reviendrait ensuite de contrôler et de finaliser le contenu.

Une fois les offres reçues, un outil pourrait en extraire des données, résumer les mémoires techniques ou préparer un tableau comparatif. Le rapport envisage cette assistance à l'analyse, sans proposer de confier à l'IA la décision d'attribution du marché.

Ces usages peuvent faire gagner du temps. Ils soulèvent aussi une question pour les services achats, dont une part importante du travail repose aujourd'hui sur la lecture, la rédaction et la comparaison de documents.

Et du côté des entreprises qui répondent aux appels d'offres ?

Les entreprises peuvent également utiliser l'intelligence artificielle pour préparer leurs réponses aux marchés publics. Avec ChatGPT ou d'autres outils, elles peuvent analyser un dossier de consultation, retrouver les documents exigés, identifier les critères d'attribution et préparer un mémoire technique adapté aux attentes de l'acheteur.

Prenons le cas d'une PME qui répond à un marché de nettoyage. L'IA peut rapprocher les prescriptions du CCTP des critères du règlement de consultation, proposer un plan de mémoire technique et signaler les informations manquantes. L'entreprise doit ensuite préciser ses moyens humains, ses méthodes d'intervention et ses engagements réels.

Ces usages supposent de savoir formuler les demandes adressées à l'IA, contrôler les informations produites et protéger les données confidentielles.

La formation J05 consacrée à l'IA dans les réponses aux appels d'offres permet aux entreprises de s'exercer à ces méthodes sur des cas pratiques.

Une expérimentation menée auprès de 44 agents

Ces usages ont déjà fait l'objet d'essais dans la fonction achat de l'État. Fin 2024, la Direction des achats de l'État (DAE) a lancé une expérimentation réunissant 44 agents, issus notamment de la DAE, de services acheteurs ministériels, de plateformes régionales des achats et d'établissements publics.

Les tests ont porté sur le sourcing, c'est-à-dire la recherche et l'identification de fournisseurs, l'aide à la rédaction des documents contractuels, les clauses environnementales et sociales ainsi que l'analyse des offres des entreprises.

Le rapport reprend un bilan d'étape de la DAE daté du 12 septembre 2025. Et l'un des résultats attire l'attention.

Plus de 60 % de temps gagné sur certaines tâches

Avec les solutions jugées les plus performantes lors des essais, les gains de temps peuvent dépasser 60 % sur certaines tâches. Les résultats concernent notamment la recherche d'informations, les synthèses de textes, la production de documents et le sourcing des fournisseurs.

Ce chiffre porte sur des tâches précises, dans le cadre d'une expérimentation. Il ne signifie pas qu'un acheteur accomplira l'ensemble de son travail en 60 % de temps en moins, ni que les effectifs pourront être réduits dans la même proportion.

Reste à savoir comment les administrations utiliseront le temps économisé. Un acheteur pourra-t-il consulter davantage de fournisseurs, affiner son besoin, négocier lorsque la procédure le permet ou mieux suivre l'exécution des contrats ? Ces possibilités correspondent à des activités qui demandent encore de l'analyse, des échanges et des décisions humaines.

Un autre scénario existe. A activité comparable, une administration pourrait estimer avoir besoin de moins de temps de travail pour réaliser certaines opérations. Le rapport envisage, dans les organisations les plus avancées, des économies de coûts ou des redéploiements d'effectifs à terme. Il ne permet cependant pas de mesurer aujourd'hui un effet précis sur le nombre d'acheteurs publics.

Le métier d'acheteur pourrait se recentrer sur d'autres compétences

Pour la DAE, l'un des objectifs de l'expérimentation est de libérer du temps au profit des « tâches stratégiques et créatrices de valeur ». Cela pourrait modifier la répartition du travail au sein des services achats.

Définir correctement le besoin, bâtir une stratégie d'achat, apprécier les risques juridiques, échanger avec les entreprises, négocier lorsque cela est autorisé et suivre l'exécution du marché demandent une expertise qui dépasse la production de documents. Si l'IA accélère la préparation et l'analyse documentaire, les acheteurs pourraient consacrer davantage de temps à ces activités.

Ce déplacement des tâches est une perspective déduite des usages présentés dans le rapport. La mission ne décrit pas comme acquise une nouvelle organisation du métier d'acheteur public.

La formation et l'organisation des services deviennent décisives

La mission insiste sur la dimension humaine de la transformation. Elle relève que « Les transformations multiples permises et induites par l'IA dans les administrations publiques sont avant tout organisationnelles et humaines ».

Elle recommande une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) ciblée sur les métiers exposés. Sa proposition n° 12 demande à la DGAFP d'intégrer l'IA à la préparation des évolutions de l'emploi public, en visant notamment « les métiers les plus exposés ».

Pour les services achats, la question dépasse donc le choix d'un logiciel. Elle concerne aussi les compétences à développer, les contrôles à conserver et la manière de répartir les responsabilités.

L'IA pourrait-elle réduire le nombre d'acheteurs publics ?

Le rapport ne prédit pas la disparition du métier. Il ne chiffre aucune suppression de postes et ne permet pas de calculer combien d'acheteurs pourraient être concernés par une éventuelle baisse des effectifs.

Les conséquences peuvent prendre plusieurs formes. Certaines administrations pourraient absorber davantage d'activité avec les mêmes moyens, améliorer la qualité du service ou maintenir leurs missions malgré des ressources plus limitées. D'autres pourraient, à plus long terme, rechercher des économies ou redéployer des agents. Le rapport présente ces évolutions comme des possibilités, dont l'ampleur reste difficile à mesurer.

L'exposition d'un métier à l'IA ne donne donc pas, à elle seule, la mesure de son avenir. Tout dépendra des outils réellement déployés, de l'organisation retenue et des tâches que les administrations choisiront de confier aux agents.

Ce que les acheteurs peuvent déjà retenir

Les expérimentations menées dans les achats publics montrent que l'IA peut accélérer plusieurs opérations documentaires. Le sourcing, la préparation de clauses, la synthèse des offres et certaines vérifications figurent parmi les usages étudiés. Le chiffre de plus de 60 % de temps gagné sur certaines tâches appelle cependant une interprétation précise.

Pour les acheteurs, l'enjeu immédiat est d'apprendre à utiliser ces outils tout en conservant la maîtrise des documents, de l'analyse et des décisions. Pour les administrations, il s'agit aussi d'anticiper les changements de compétences et d'organisation que ces usages peuvent entraîner.

La place de l'acheteur public pourrait évoluer. Le rythme de cette évolution, ses effets sur les effectifs et l'équilibre futur entre automatisation et intervention humaine restent incertains.

Source : Rapport IGF-IGAS-IGA sur le déploiement de l'IA dans les administrations publiques (juillet 2026).

Actualités

IA générative et emploi des jeunes, les embauches ralentissent en France. - 9 octobre 2026.

(c) F. Makowski - Formateur et consultant en marchés publics pour entreprises et acheteurs publics - Ingénieur ENSEA et juriste en droit des contrats publics