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La réforme 2026 du régime de TVA des OPCO ne supprime pas juridiquement la subrogation de paiement, mais elle en modifie les modalités selon les dispositifs et les opérateurs. Le double calendrier de la réforme, les nouvelles règles applicables à compter du 1er octobre 2026, les cas de maintien de la subrogation chez Atlas et L’Opcommerce, ainsi que les précautions à prendre pour sécuriser les demandes de prise en charge et anticiper les remboursements.
25 juin 2026
La subrogation de paiement permet à l'OPCO de régler directement à l'organisme de formation la part de la prestation qu'il finance. L'entreprise n'a donc pas à avancer cette part, mais elle peut rester redevable d'un reste à charge si le montant pris en charge ne couvre pas l'intégralité du coût de la prestation, comme le précise Atlas dans ses conditions de règlement.
Aucun texte législatif ou réglementaire publié et identifié à la date de la présente synthèse ne prévoit une suppression générale de la subrogation de paiement au 1er octobre 2026. Les limitations annoncées résultent principalement des nouvelles règles fiscales relatives à la TVA et des modalités de gestion adoptées par chaque OPCO et non d'une modification du droit du travail relatif au financement de la formation.
Depuis le transfert de la collecte des contributions légales aux URSSAF et à la Mutualité sociale agricole, l'administration fiscale considère que certaines activités des OPCO constituent des prestations de services soumises à la TVA, notamment celles rendues :
Le paiement direct par l'OPCO devient en conséquence difficile à maintenir pour certaines formations désormais facturées avec TVA.
Dans le circuit décrit par le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), l'entreprise destinataire de la facture est seule habilitée à exercer le droit à déduction, sous réserve qu'elle remplisse les conditions fiscales requises (être assujettie redevable de la TVA, affecter la dépense à une activité ouvrant droit à déduction, disposer d'une facture régulière). La TVA peut donc constituer un coût définitif pour une entreprise qui ne dispose pas d'un droit à déduction, notamment lorsqu'elle bénéficie de la franchise en base.
Selon le rapport IGAS, la réforme a été annoncée par une note de la Direction de la Législation Fiscale (DLF) de février 2025, notifiant aux onze OPCO la fin du régime dérogatoire de TVA dont ils bénéficiaient.
Le rapport IGAS précise que cette note « ne fait que confirmer des orientations et premiers travaux techniques initiés dès 2021 » et fixait l'entrée en vigueur initiale au 1er janvier 2026. Il précise également que le régime dérogatoire de TVA « avait régulièrement été confirmé par les services fiscaux », sans en dater précisément l'origine.
La mise en œuvre de la réforme suit un double calendrier, confirmé par le communiqué de presse inter-OPCO du 16 avril 2026 :
Les communications d'Atlas et de l'Opcommerce destinées aux entreprises mettent principalement en avant le 1er octobre 2026, date d'application de leurs nouvelles modalités de prise en charge et de subrogation. Elles ne traitent pas du régime des FGIM facturés à France compétences. L'absence de cette mention ne remet donc pas en cause le double calendrier établi par le communiqué inter-OPCO.
Le communiqué confirme également l'existence de deux rescrits fiscaux de la DLF, datés de mi-novembre 2025 et mi-février 2026, par lesquels la DLF a conclu à l'assujettissement des OPCO à la TVA. Le texte intégral de ces deux rescrits n'est cependant pas publié dans les sources consultées : leur motivation détaillée et leur portée complète, opération par opération, restent à vérifier.
Le rapport définitif de l'IGAS (n° 2025-018R, daté d'octobre 2025) confirme expressément le maintien de la subrogation : « Le changement de régime fiscal annoncé concerne la subrogation : elle reste possible, mais seule l'entreprise est habilitée à exercer le droit à déduction. ». Cette conclusion signifie que la subrogation n'est pas fiscalement impossible, elle ne signifie pas que chaque OPCO continuera à la proposer pour tous les dispositifs. Les communications examinées montrent que les OPCO retiennent des périmètres de subrogation différents selon les dispositifs et les modalités de financement.
En l'absence de subrogation, le circuit suit le schéma général suivant.
Les pièces exigées, la nécessité ou non d'une facture acquittée et les délais variant toutefois selon l'OPCO et le dispositif (cf. point "Les exceptions, à examiner OPCO par OPCO") :
Le paiement de la facture ne garantit pas le remboursement. L'obtention de l'accord de prise en charge dépend des règles d'éligibilité, des priorités, des plafonds et des critères de financement applicables au dispositif et à la branche concernés (cf. art. L. 6332-17 du Code du travail pour le plan de développement des compétences des entreprises de moins de 50 salariés, sans que cette règle se généralise nécessairement à tous les dispositifs), ainsi que de la certification du prestataire lorsqu'elle est requise en application de l'article L. 6316-1 du Code du travail. Une fois l'accord émis, le remboursement reste subordonné au respect de ses conditions, à la réalisation effective de l'action et à la transmission des justificatifs exigés par l'OPCO.
L'article R. 6332-26 du Code du travail permettait déjà à l'OPCO, dans sa version applicable du 1er janvier 2024 au 28 février 2026, d'effectuer un contrôle de service fait ou un contrôle de la qualité des actions, et de demander à l'organisme de formation ou à l'employeur tout document complémentaire en cas de plainte ou d'anomalie relative à l'exécution de l'action financée. Depuis le 1er mars 2026, le décret n° 2026-133 du 27 février 2026 prévoit que le contrôle de la qualité peut être effectué sur pièces et sur place, et non plus seulement sur place. Il étend également l'absence de prise en charge au défaut de transmission des pièces demandées lors d'un contrôle de la qualité.
Les exceptions ne sont pas uniformes : chaque OPCO fixe son propre périmètre. La présentation ci-dessous se limite aux deux opérateurs dont la communication officielle a pu être vérifiée à savoir Atlas et l'Opcommerce. Les règles des neuf autres OPCO restent à vérifier individuellement et ne doivent pas être déduites de celles présentées ici.
Atlas confirme que la subrogation de paiement ne peut être proposée, à compter du 1er octobre 2026, que dans les cas suivants :
En l'absence de subrogation, le prestataire adresse sa facture et un certificat de réalisation à l'entreprise, qui règle la facture puis dépose une demande de remboursement dans myAtlas Entreprise, accompagnée de la facture, acquittée ou non, et du certificat de réalisation. La prise en charge d'Atlas porte uniquement sur les dépenses hors taxes (HT).
L'Opcommerce maintient la subrogation pour les coûts pédagogiques des dispositifs suivants : les contrats d'apprentissage, et le plan de développement des compétences des entreprises de moins de 50 salariés hors formations cofinancées sur fonds publics ou conventionnels.
À compter des engagements ou accords de prise en charge émis à partir du 1er octobre 2026, l'Opcommerce supprime la subrogation, quelle que soit la taille de l'entreprise, pour les contrats de professionnalisation, les périodes de reconversion et les actions financées conjointement par plusieurs financeurs (versement volontaire et/ou financements publics, conventionnels ou privés, appels à projets, conventions partenariales). La subrogation est également supprimée pour les actions initiées par les entreprises de plus de 50 salariés.
En l'absence de subrogation, l'entreprise règle le prestataire puis adresse une demande de remboursement via son espace Web Services Entreprise. Cette demande n'est pas une facture et ne comporte aucune référence à la TVA ; elle doit être accompagnée des pièces justificatives requises selon le dispositif (certificat de réalisation, facture du prestataire à l'entreprise et, pour certains dispositifs, justificatifs de salaire ou notes de frais). L'Opcommerce rembourse sur la base du montant hors taxes (HT), sous 30 jours à compter de la complétude du dossier.
Les exceptions doivent être vérifiées OPCO par OPCO. Leur périmètre n'est pas identique d'un opérateur à l'autre, notamment pour les contrats de professionnalisation et les cofinancements. Ne jamais présumer qu'une règle annoncée par un OPCO s'applique à un autre, y compris pour les neuf OPCO non couverts par cette synthèse.
L'article L. 6332-14 du Code du travail fonde la prise en charge des contrats d'apprentissage et de professionnalisation par l'opérateur de compétences.
L'article L. 6332-14-1 du Code du travail, en vigueur depuis le 1er janvier 2026 (créé par la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025), fonde le financement par l'OPCO des périodes de reconversion, le dispositif que l'Opcommerce range explicitement parmi ceux soumis au nouveau circuit.
L'article L. 6332-17 du Code du travail fonde la nature des dépenses finançables au titre du PDC des entreprises de moins de 50 salariés par la section dédiée de l'OPCO.
Ces trois articles déterminent les dépenses finançables par l'OPCO ; ils ne créent pas, en eux-mêmes, un droit à la subrogation de paiement, celle-ci relève des modalités de gestion propres à chaque OPCO.
OPCO Santé et Uniformation présentent une particularité structurelle : selon le rapport IGAS, ces deux opérateurs ont exercé un « droit d'option » leur permettant d'être exonérés de TVA, alors que les neuf autres OPCO ont choisi l'assujettissement. Le communiqué inter-OPCO du 16 avril 2026 précise seulement qu'OPCO Santé et Uniformation, compte tenu de leurs spécificités, ne sont pas concernés par cette communication, il ne permet pas à lui seul de déterminer s'ils suivent le même calendrier que les neuf signataires. Les conséquences opérationnelles des évolutions fiscales de 2026 pour ces deux OPCO ne sont pas documentées dans la présente synthèse et doivent être vérifiées auprès de leurs communications et conditions générales de gestion propres.
Le tableau suivant présente séparément les règles identifiées chez Atlas et chez l'Opcommerce. Leurs conditions ne sont pas identiques et ne doivent pas être fusionnées. Il ne doit pas non plus être généralisé aux neuf autres opérateurs, dont les règles propres restent à vérifier.
| Atlas | L'Opcommerce | |
|---|---|---|
| Moins de 50 salariés | PDC. Subrogation possible sur demande de l'entreprise. CampusAtlas et apprentissage : subrogation automatique. | PDC hors cofinancement public ou conventionnel, subrogation maintenue. Apprentissage, subrogation maintenue. Contrats de professionnalisation, périodes de reconversion et cofinancements visés par l'Opcommerce, nouveau circuit de remboursement. |
| 50 salariés et plus | Subrogation limitée aux campusAtlas et à l'apprentissage ; le reste bascule vers le nouveau circuit (remboursement). | Actions initiées par les entreprises de plus de 50 salariés explicitement soumises au nouveau circuit, de même que la professionnalisation, la reconversion et certains cofinancements. |
Dans tous les cas, les entreprises devront anticiper : l'avance des dépenses, le délai de remboursement, le traitement de la TVA, le suivi des créances sur l'OPCO et la coordination entre formation, achats, comptabilité et direction financière.
L'entreprise était déjà libre de choisir son organisme de formation, en application de l'article L. 6351-1 A du Code du travail. « L'employeur est libre de choisir l'organisme de formation, enregistré conformément aux dispositions de la section 2 ou en cours d'enregistrement, auquel il confie la formation de ses salariés. » La fin du paiement direct ne crée donc pas une nouvelle liberté d'achat.
Les communications d'Atlas et de l'Opcommerce destinées aux entreprises mettent principalement en avant le 1er octobre 2026, date d'application de leurs nouvelles modalités de prise en charge et de subrogation. Sur le plan pratique, il s'agit ici d'une déduction opérationnelle, non d'une règle juridique tirée des sources. La fin du paiement direct peut conduire l'entreprise à formaliser davantage sa relation contractuelle avec le prestataire dont négociation des prix, des échéances, des conditions d'annulation, des objectifs pédagogiques et des livrables.
Cette liberté contractuelle reste distincte du droit au financement. L'OPCO conserve ses critères, plafonds et contrôles. La certification prévue à l'article L. 6316-1 du Code du travail demeure requise lorsque le prestataire est financé par un OPCO ou par l'un des autres financeurs mentionnés par cet article (l'État, les régions, la Caisse des dépôts et consignations, France Travail, l'Agefiph, les CPIR notamment), sous réserve des régimes particuliers prévus par le Code du travail.
Les critères transitoires diffèrent selon les opérateurs :
Atlas confirme officiellement sur son site que les nouvelles modalités s'appliquent aux dossiers déposés à compter du 1er octobre 2026, et qu'une entreprise souhaitant bénéficier des modalités actuellement en vigueur doit déposer sa demande avant le 15 septembre 2026 afin de permettre son instruction par Atlas avant l'entrée en vigueur de la réforme.
Le traitement exact des demandes déposées entre le 16 et le 30 septembre 2026 n'est pas parfaitement explicité par la communication Atlas consultée. Atlas indique seulement que le dépôt avant le 15 septembre vise à « permettre son instruction » avant l'entrée en vigueur de la réforme, ce qui n'équivaut pas à une garantie d'instruction achevée ni d'accord de prise en charge. Pour toute demande déposée après cette date, une confirmation écrite auprès d'Atlas reste nécessaire.
Dans tous les cas, l'entreprise doit obtenir une confirmation écrite de son OPCO précisant :
À compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA, y compris celles bénéficiant de la franchise en base, devront être en mesure de recevoir des factures électroniques transmises via une plateforme agréée. Le calendrier d'émission est distinct : il s'impose aux grandes entreprises et ETI à compter du 1er septembre 2026, et aux PME et microentreprises à compter du 1er septembre 2027. Cette réforme est confirmée et distincte de celle de la subrogation, mais son calendrier s'y superpose.
Le numéro de dossier permettant de rattacher une facture ou une demande de remboursement au dossier OPCO concerné n'est pas, en tant que tel, une mention légale issue de la réglementation générale sur la facturation électronique : il s'agit d'une exigence de gestion propre à chaque opérateur. L'Opcommerce, par exemple, en fait une mention obligatoire sur toute facture adressée à l'Opcommerce pour le règlement d'un dossier, non une mention générale applicable à l'ensemble des factures de l'entreprise. Seules l'obligation de réception au 1er septembre 2026 et le recours à une plateforme agréée relèvent du cadre réglementaire général.
| Action | Détail |
|---|---|
| Cartographier | Lister les formations et dispositifs de financement en cours et prévus pour le second semestre 2026. |
| Chiffrer | Évaluer le volume de trésorerie à avancer selon les dispositifs concernés. |
| Vérifier la TVA | Confirmer le droit à déduction de l'entreprise sur les factures désormais émises à son nom. |
| Adapter les process | Mettre à jour les conventions et procédures comptables internes ; organiser le suivi des remboursements. |
| Facturation électronique | S'assurer d'être en capacité de recevoir des factures électroniques dès le 1er septembre 2026. |
| Solliciter l'OPCO par écrit | Date ou critère de bascule, dispositifs concernés, traitement des dossiers en cours, ne présumer aucune règle uniforme entre opérateurs. |
| Anticiper les demandes | Déposer les demandes de prise en charge (non les accords, qui sont émis par l'OPCO) suffisamment en amont de la date de bascule applicable, après vérification écrite du critère transitoire retenu par l'OPCO concerné. |
(c) F. Makowski - Formateur et consultant en marchés publics pour entreprises et acheteurs publics - Ingénieur ENSEA et juriste en droit des contrats publics