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9 octobre 2026
L'IA générative commence-t-elle à changer les recrutements ? D'après une étude de la Banque de France publiée le 8 octobre 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans ont davantage reculé dans les métiers où cette technologie peut réaliser une partie du travail. Le constat concerne surtout les jeunes. Les chercheurs ne peuvent cependant pas affirmer que l'IA est responsable de cette baisse.
En mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans se situent environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022 dans les 20 % de métiers les plus exposés à l'IA. La baisse atteint 8 % dans les 20 % de métiers les moins exposés. L'écart est d'environ 20 points (graphique 2 de l'étude).
Les fins de contrat diminuent aussi, respectivement de 23 % et de 6 %. Autrement dit, les entreprises recrutent moins et connaissent également moins de départs. Le renouvellement des équipes ralentit.
La différence entre métiers exposés et moins exposés se réduit chez les 30-39 ans et les 40-49 ans. Elle devient presque inexistante à partir de 50 ans.
Pour mener l'étude, les chercheurs ont analysé les mouvements de CDI de janvier 2019 à mars 2026. Ils ont examiné les savoir-faire de plus de 1 500 métiers décrits par France Travail. Ils ont cherché à savoir quelles tâches l'IA pourrait accomplir ou faciliter, en tenant compte de celles qui exigent une présence sur place, des relations humaines ou une expérience difficile à remplacer.
Cet indicateur mesure ce que l'IA peut techniquement faire, et non son usage réel. Il est néanmoins fortement lié aux usages recensés dans Google AI & Economy ATLAS v1.0 (avril 2026, graphique 1 de l'étude).
Une entreprise qui prévoit une baisse de ses besoins peut recruter moins ou ne pas remplacer certains départs. Elle garde alors ses salariés en poste. Ce choix est d'autant plus plausible en France que la rupture d'un CDI est encadrée.
La Banque de France a également étudié environ 6 000 entreprises. Près de 600 déclaraient utiliser intensivement l'IA début 2026 (Genre et Parpais, 2026). Depuis fin 2022, leurs embauches en CDI des 21-29 ans ont évolué moins favorablement que celles des autres entreprises. L'écart est moins marqué pour les salariés plus âgés. Dans ces entreprises, les recrutements baissent aussi davantage dans les métiers les plus exposés (graphique 3 de l'étude).
Pourtant, leur nombre total de salariés ne présente pas de différence statistiquement nette avec celui des autres entreprises. La transformation apparaît d'abord dans les mouvements de personnel.
C'est encore incertain. Les entreprises qui déclarent utiliser beaucoup l'IA en 2026 recrutaient déjà, avant ChatGPT, dans des métiers plus exposés, même à secteur comparable. Leur situation était donc différente dès le départ.
Le durcissement de la politique monétaire, la correction du secteur technologique après le Covid et le développement du télétravail ont aussi pu peser sur les embauches depuis 2022. De plus, l'usage de l'IA n'a été mesuré qu'au début de 2026, après l'apparition des premiers écarts de recrutement.
L'étude constate un lien entre utilisation de l'IA et évolution des recrutements, sans pouvoir déterminer la part directement due à l'IA.
Les études étrangères ne racontent pas toutes la même histoire. Aux Etats-Unis, Brynjolfsson et al. (2026) observent un recul relatif de l'emploi des jeunes dans les métiers exposés, principalement lié aux recrutements. En Norvège, Hernæs et Kostøl (2026) ne retrouvent pas ce recul pour l'ensemble des métiers des jeunes salariés du groupe le plus exposé. Au Danemark, Humlum et Vestergaard (2026) voient surtout les tâches changer, sans effet moyen détectable sur les heures travaillées ni sur les revenus.
Les premières années de travail servent aussi à apprendre un métier. Si l'IA prend en charge les tâches habituellement confiées aux débutants, ils pourraient avoir moins d'occasions de progresser par la pratique.
Les travaux théoriques d'Asriyan et al. (2026) et d'Afrouzi et al. (2026) évoquent ce risque pour les compétences acquises au fil du temps. La Banque de France souligne qu'il n'est pas démontré à ce stade en France.
Pour les entreprises, suivre les recrutements et les fins de contrat permet donc de repérer des évolutions qui restent peu visibles dans le nombre total de salariés.
Le secteur public pourrait lui aussi être touché. Selon un rapport conjoint de l'IGF, de l'IGAS et de l'IGA, environ un agent public sur cinq occupe un emploi potentiellement exposé à l'IA, notamment dans les fonctions administratives.
Mais l'étude menée par HEC Paris et la Banque de France porte uniquement sur les recrutements du secteur privé. Les administrations pourraient donc connaître un ralentissement analogue des embauches, sans que les données disponibles permettent de le confirmer. L'exposition des métiers à l'IA ne signifie pas non plus que des postes seront supprimés.
Source : Banque de France, Bloc-notes Eco n° 463, 8 octobre 2026, Marco Guido Palladino, Antonin Bergeaud, Antoine Bertheau, Simon Bunel et Oscar Degos. Etude détaillée « Exposition des métiers à l'IA générative, adoption par les entreprises et dynamiques du marché du travail en France ».
(c) F. Makowski - Formateur et consultant en marchés publics pour entreprises et acheteurs publics - Ingénieur ENSEA et juriste en droit des contrats publics