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Vous ouvrez le DCE et découvrez un CCTP détaillé, plusieurs critères de notation et, parfois, un cadre de réponse imposé. Par où commencer ? L’essentiel n’est pas de tout raconter sur votre entreprise, mais de construire un plan qui répond, dans le bon ordre, aux attentes de l’acheteur. Voici une méthode concrète pour passer du dossier de consultation à un mémoire technique clair, spécifique et facile à évaluer.
Un bon mémoire technique ne commence pas par la reprise d’un ancien document.
Il commence par la lecture des critères et des sous-critères annoncés dans le règlement de la consultation.
Ces critères indiquent les éléments que l’acheteur utilisera pour comparer les offres. Ils doivent donc former l’ossature de votre plan.
Prenons un marché de nettoyage dans lequel la valeur technique est appréciée au regard de trois éléments : l’organisation des moyens humains, la méthode d’exécution et le contrôle de la qualité. Le mémoire doit reprendre ces trois thèmes dans le même ordre. L’acheteur retrouve ainsi immédiatement les informations nécessaires à la notation.
Dans un marché de travaux, le règlement peut plutôt demander la méthodologie du chantier, les moyens affectés, le planning et les mesures de sécurité. Le plan devra suivre cette logique, même si votre modèle habituel présente d’abord l’histoire de l’entreprise ou ses références.
Conseil. Reprenez mot pour mot les intitulés des critères et des sous-critères dans vos titres, sauf lorsque le cadre de réponse impose déjà une autre organisation. Vous facilitez le travail de l’évaluateur et réduisez le risque d’oublier une attente importante.
Une fois les critères repérés, deux tentations peuvent vous éloigner du besoin réel.
Un ancien mémoire peut vous faire gagner du temps. Il contient déjà la présentation de l’entreprise, certaines procédures, des moyens techniques ou des exemples de contrôles.
Il ne doit cependant pas déterminer le plan de votre nouvelle réponse. Un modèle conçu pour un autre acheteur risque de reprendre des rubriques inutiles et de passer à côté des points réellement notés.
Utilisez donc vos précédentes offres comme une bibliothèque de contenus. Sélectionnez ensuite uniquement les éléments adaptés au marché et réécrivez-les en fonction du DCE.
Attention. N’utilisez pas un mémoire technique type ou un exemple comme réponse prête à déposer . Vous pouvez vous inspirer de certaines parties de vos offres précédentes, à condition de les adapter aux besoins, aux critères et aux contraintes de la nouvelle consultation.
Il existe en effet des risques liés aux exemples et aux modèles de mémoires techniques utilisés sans adaptation par les soumissionnaires.
Voir un exemple complet de mémoire technique
Le CCTP décrit les prestations à réaliser. Sa lecture est indispensable, mais il ne constitue pas toujours le meilleur point de départ pour organiser le mémoire.
Il peut suivre le déroulement technique du marché, alors que le règlement de la consultation classe les attentes selon les critères de notation. Reprendre simplement le sommaire du CCTP risque donc de disperser les réponses à un même critère dans plusieurs parties.
Dans un marché de maintenance informatique, le CCTP peut décrire successivement la maintenance préventive, la maintenance corrective, l’assistance aux utilisateurs et le reporting. Le critère technique peut toutefois demander séparément l’organisation de l’équipe, les délais d’intervention et l’outil de suivi. C’est cette seconde organisation qui doit guider le plan du mémoire.
Comment présenter les moyens humains dans un mémoire technique de marché public ?
Vous connaissez maintenant les critères. Il faut les rapprocher des exigences techniques, administratives et contractuelles du marché.
Le DCE fonctionne comme la feuille de route de l’acheteur. Le règlement de la consultation indique ce qui sera comparé. Le CCTP décrit les prestations. Le CCAP précise notamment les délais, les obligations, les contrôles et les pénalités. Les cadres de réponse indiquent parfois le niveau de détail attendu.
Commencez par relever les critères et les sous-critères. Pour chacun d’eux, recherchez ensuite dans le DCE les exigences auxquelles votre réponse devra se rattacher.
Conseil. Avant de rédiger, créez un tableau avec trois colonnes avec les attentes de l’acheteur, les preuves que vous pouvez apporter et la partie du mémoire dans laquelle vous allez répondre. Ce tableau de bord permet de construire le plan avant de développer les paragraphes.
Un titre comme « Nos moyens » reste souvent trop large. Il oblige l’acheteur à rechercher lui-même les informations utiles.
Préférez des titres qui annoncent clairement la réponse apportée.
Pour un marché de nettoyage, vous pouvez remplacer « Moyens humains » par « Équipe affectée aux sites et organisation des remplacements ».
Pour un marché de travaux, « Méthodologie » peut devenir « Organisation du chantier en site occupé et maintien des accès ».
Pour un marché de maintenance, « Réactivité » peut être précisé par « Prise en charge des demandes urgentes et délais d’intervention ».
À la seule lecture des titres et des sous-titres, l’acheteur doit déjà comprendre l’organisation proposée par votre entreprise.
Il n’existe pas de plan universel. Deux consultations portant sur le même métier peuvent accorder une importance différente aux moyens humains, au planning, aux contrôles, à la continuité du service ou aux engagements environnementaux.
Les pages suivantes présentent, à titre d’information, des exemples de rubriques rencontrées dans différents secteurs. Elles doivent servir de points de repère, et non de modèles à reprendre sans vérification du DCE.
Une fois le plan construit, ne rédigez pas immédiatement chaque paragraphe. Recherchez d’abord les éléments qui permettront de prouver vos engagements.
Une rubrique consacrée aux moyens humains peut s’appuyer sur un organigramme, des fonctions clairement définies ou des CV adaptés.
Une partie sur le planning peut intégrer un calendrier d’exécution, les principales étapes et les points de contrôle.
Une méthode de suivi peut être illustrée par une grille de contrôle, un modèle de compte rendu ou une capture de l’outil utilisé.
Dans un marché de transport, le dispositif de continuité peut être étayé par la liste des véhicules de réserve et la procédure de remplacement. Dans un marché de nettoyage, la qualité peut être démontrée par la fréquence des contrôles, l’identité du responsable et le délai de correction des anomalies.
Cette préparation évite les affirmations générales comme « nous sommes réactifs » ou « nous garantissons une prestation de qualité ». Le mémoire explique alors comment l’entreprise agit et avec quels moyens.
Avant de commencer la rédaction complète, relisez uniquement les titres et les sous-titres.
Vérifiez également les contraintes de présentation imposées par l’acheteur : cadre de réponse, ordre des rubriques, nombre de pages, annexes autorisées, format et taille des fichiers.
Lorsque l’acheteur impose une trame, vous devez la respecter. Il est possible d’améliorer la lisibilité à l’intérieur des rubriques, mais non de remplacer le cadre demandé par votre propre organisation.
Le non-respect d’une limite de volume imposée au mémoire technique peut rendre l’offre irrégulière lorsque cette prescription est obligatoire et utile à l’examen des offres. L’article L. 2152-2 du Code de la commande publique qualifie d’irrégulière une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation.
Le parcours est désormais achevé. Vous êtes parti des critères, vous avez rapproché chaque attente des exigences du DCE, construit les rubriques, puis identifié les preuves à intégrer.
Le plan obtenu ne cherche pas à tout dire sur votre entreprise. Il organise les informations dont l’acheteur a besoin pour évaluer l’offre.
Même lorsque le DCE paraît dense ou mal structuré, la méthode reste la même : repérer ce qui sera noté, classer les exigences, construire le plan, ajouter les preuves, puis rédiger.
Vous obtenez ainsi un mémoire technique plus précis, mieux adapté au marché et plus simple à analyser. L’acheteur comprend rapidement votre organisation, les moyens mobilisés et la manière dont vous exécuterez les prestations.
(c) F. Makowski - Formateur et consultant en marchés publics pour entreprises et acheteurs publics - Ingénieur ENSEA et juriste en droit des contrats publics